Biographie – version française

Ballou Canta est un enfant de mai – mois de transition entre la saison des pluies et la saison sèche. Fin des années 50, Pointe Noire : le Congo est une colonie pour 6 ans encore.
Ballou est le 7e enfant d’une fratrie qui comptera 10 enfants (même si sa mère a été moquée pour avoir tardé à enfanter du premier, cf. M’tchatche), il est donc élevé par sa « petite maman » : la grande sœur. Elle viendra chercher « son fils » après son mariage et Ballou la suivra pour Brazaville où il intègrera un lycée qui accueille aussi les collégiens : le lycée Chaminade.

Au départ, pour Ballou, c’est le sport. Mais dans le quartier « Poto poto » qu’il habite, lieu de croisements ethniques, il rencontre Dieudonné M’Badi qui prépare son BAC et joue de la guitare. Ballou veut apprendre l’instrument ! Tant et si bien que son voisin lui confie sa guitare pour ne plus être dérangé ! Ainsi équipé, Ballou refuse de retourner à Pointe-Noire pour les vacances suivantes : il n’y a plus que la guitare et lui. Le sport a disparu dans la joie des accords.

Ballou Canta live rougeCe sera ensuite un quartier d’expatriés de toutes origines (Iran, Cuba, Italie, Allemagne, France et, bien sûr, Belgique), où Ballou fait l’expérience prémonitoire du cosmopolitisme et rencontre Robert Massamba-Débat (le fils de l’ex-président de l’époque) avec qui il monte le groupe « Chanta Bouita ».

Fort de ces expériences, Ballou monte le premier orchestre du lycée, sous commande du département de la culture du Collège : « Les Chaminadiens » !

En 1975, il décroche son BAC et parallèlement à ses études de langues et de droit, monte évidemment un orchestre.  A cette époque, Ballou n’est pas en phase avec l’ambiance politique du pays au Parti Unique. Sa demande de bourse pour aller démarrer une carrière de traducteur aux Royaume Uni débouche sur une proposition direction Moscou. Ballou refuse, on lui refuse la Bourse, Ballou doit travailler.

Il passe le concours des PTT et entre dans cette fonction publique, dotée d’un budget loisir pour les travailleurs. Ballou, repéré comme chanteur, monte donc… un orchestre. Ballou part à Rome, en Italie chercher les amplis à la mode (Ranger), recrute, avec le feu vert de la direction, hors entreprise. Ce sera l’orchestre Télé-Music !

Autre époque, autre régime, autres mœurs : le ministre des Télécommunications s’intéresse à Télé-Music et le directeur des PTT passe commande d’un enregistrement à Kinshasa. Ce sera dans le quartier Kingabwa, au studio Simbard et c’est le titre de Ballou, « Sambala », qui est choisi par le distributeur. Premier 45 t de Ballou Canta, donc, en 1978 avec en retour le « prix de la jeune chanson congolaise ».

A partir de là, Télé-Music fait de l’ombre à des orchestres emblématiques comme l’orchestre Bantou de la Capitale, l’Orchestre Le Peuple, le SBB, Les Trois frères… En 1979, le titre « Bazo » remporte le prix de la meilleure chanson de l’année. On est en pleine rumba congolaise et avec elle, Ballou fait le tour du pays. Mais les ennuis commencent.

Les 45 t sont le support roi, à l’époque. Quand arrive le 33 t, le reste de l’orchestre fait remarquer à Ballou Canta que deux titres de sa composition, ça suffit. Aussi c’est à Paris, en 1981, au studio Laguna, Paris 18, que Ballou enregistre son premier album « Romana » qui fonctionne. En 1982, c’est le second, avec à nouveau le titre Sambala, et que produit Eddy Gustave, Eddison, un Antillais avec qui Ballou Canta apprend le studio. Il y en aura un troisième : « Marylin ».

Pendant ce temps, les relations du chanteur et de son pays natal ne s’arrange pas, à l’instar de grèves interdites aux PTT et du fait que Ballou soit de toutes façons « fiché » depuis l’Université ; au point que les oncles (les vrais papas en terre matriarcale) conseillent le départ définitif, car sa vie est en danger.

LA FRANCE DONC.

Ballou rencontre à cette époque des musiciens comme Ray Léma, M’Bamina, Manu Dibango etc. et devient la voix d’un tas de projets. En 1985, c’est le 4e album, « Jean Marie » produit par Gérard Akueson, avec une apparition de Lokua Kanza à la guitare.

PUIS BALLOU, AVEC LOCASSA YA BONGO, MONTE SON GROUPE :

le « Soukous Stars » avec lequel il sort l’album Lagos night, produit et distribué par Cyllart productions. Dans la foulée de ce gros succès, Ballou enregistre un nouvel album solo « Bolingo Sonia » avec l’excellent guitariste Diblo Dibala, produit par Eddy Gustave, fidèle. Ces deux albums débouchent sur une tournée monstre de dix ans aux Etats Unis, en Afrique de l’Est, de l’Ouest, en Europe.

Ce qui n’empêche pas Ballou Canta de chanter avec Papa Wemba, Manu Dibango, Sam Mangwana et dans les années 90, le Gabonais Oliver N’Goma que Ballou décide de soutenir. IL chante avec lui le titre Bane qui sera un tube zouk, par lequel les Antillais connaîtront la voix de Ballou. C’est en faisant le casting pour aller jouer l’album qu’il rencontre le jeune clavier Hervé Celcal, dont il découvrira qu’il est aussi et avant tout pianiste, arrangeur, compositeur.

C’est d’ailleurs à cette période que Ballou fait une singulière expérience pour un Africain : il enregistre l’album « Rencontre », en Martinique au studio Hibiscus avec une équipe totalement antillaise : les membres du groupe Kwak. Regina, un single, sera tube pendant des mois.

En 2000 et 2003, il y aura deux albums en duo avec Luciana de Mingongo. Le premier est une aventure. Luciana est venu à la rencontre de Ballou à propos de la création d’un studio à Braza. C’est un album qui s’improvise, une maquette destinée à montrer aux locaux que le studio vaut la peine et qu’il faut y venir travailler ! Le second sortira chez Lusafrica.

PLUS RÉCEMENT, L’AVENTURE EST MENÉE DE FRONT SUR TROIS TERRAINS.

« Le bal de l’Afrique enchantée », d’abord, que Ballou a intégrée en 2012. C’est l’orchestre de France Inter, qui reprend des tubes africains 70-80s.

L’aventure « Black Bazar » ensuite, portée par l’écrivain Alain Mabanckou après le succès de son livre en 2009 et qui fait vivre la rumba congolaise d’aujourd’hui.

Enfin, la toute dernière collaboration avec Ray Léma, un groupe à 3 voix qu’ils forment avec Fredy Massamba, avec un tout récent album acoustique « Nzimbu » à la clé.

C’est donc en parallèle à tout ce sillon que s’est opérée une longue maturation d’un album sur mesure, Boboto, avec son « petit frère » martiniquais, Hervé Celcal. Le pianiste, compositeur, arrangeur a compris quel artiste se cache derrière le caméléon Canta. Les échanges : « écoute ça ! », « et ça ? »…

Le temps qu’il faut pour que les thèmes ressemblent au Ballou d’aujourd’hui : un homme mûr, Congolais cosmopolite, Parisien amoureux des Antilles, qui veut surprendre ceux qui le connaissent et… surprendre ceux qui ne le connaissent pas encore. Boboto. L’art de vivre, ensemble.

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